mardi 7 décembre 2010

Droits d'auteur : la musique trop chère défrise les coiffeurs

Eco89 | Par Estelle Faure | Etudiante | 07/12/2010 | 18H43

Une femme sous un casque de coiffeur (Sanchez Photo/Flickr).

Ils récidivent : silence radio dans les salons de coiffure ce mardi. Le 7 juillet, la Fédération des coiffeurs d'Alsace avait lancé le mouvement : couper la musique pour protester contre l'augmentation des tarifs de la Spré (Société pour la perception de la rémunération équitable).

Ce 7 décembre, la Fédération nationale de la coiffure (FNC) a renouvelé l'opération, cette fois, auprès des 60 000 salons français. Avec un intitulé à la Philippe Katerine : « Les coiffeurs coupent le son. »

Tarifs rehaussés

La Spré collecte chaque année la « rémunération équitable », une taxe qui indemnise les artistes-interprètes et les producteurs. En échange, les salons peuvent diffuser radio et musique.

A cette taxe, s'ajoute celle de la Sacem qui rémunère cette fois-ci auteurs, musiciens et compositeurs. Elles s'appliquent à tous les lieux publics diffuseurs : salons, bars, restaurants, hôtels ou magasins.

Le 5 janvier, suite à une commission paritaire, l'augmentation des tarifs de la Spré a été votée. Les prix ont donc doublé cette année. En 2009, ils représentaient 18,5% des droits d'auteurs, contre 35% aujourd'hui et 65% d'ici 2011. En clair, l'an dernier, un salon qui devait 24 à 35 euros de redevance à la Spré paie aujourd'hui 60 euros, puis en paiera 90 en 2011. Le tout majoré de 47 euros par salarié supplémentaire pour les entreprises de plus de trois employés. Sans compter le surplus dû à la Sacem.

Ça sème la discorde

Pour Pierre Jabouley, directeur général de la Spré, la hausse est légitime :

« On n'a pas augmenté les tarifs depuis 1987. Et les prix partaient de très bas. »

Avant d'ajouter, peu inquiet de cette deuxième mobilisation :

« C'est normal de protester mais il faut relativiser : 90 euros, c'est le prix de trois coupes de cheveux. Ça vaut mieux que de perdre un ou deux clients. »

Un argument qui ne convainc pas Bernard Stalter, vice-président de la FNC.

« On ne veut pas se braquer mais retourner à la table des négociations. »

Ses revendications :

  • lisser la hausse sur cinq ans,
  • obtenir un siège à la commission paritaire,
  • accorder une remise de 20% aux entreprises adhérentes.

« En juillet, en Alsace, sur 1 500 salons, 900 ont renvoyé la pétition, plus de la moitié ! J'espère qu'aujourd'hui la mobilisation sera aussi forte. »

« Un salon sans musique, c'est mortel »

Difficile de savoir combien de salons ont répondu à l'appel. Sur Internet, la pétition a recueilli 345 signatures pour le moment. A Grenoble, par exemple, tous les coiffeurs n'ont pas suivi l'initiative de la FNC. La radio continue donc de ronronner dans certains établissements. Mais dès qu'on leur parle des tarifs de la Spré, les langues des coiffeurs se délient.

Hervé a ouvert son salon il y a dix ans. Il a aujourd'hui deux salariés et un apprenti.

« C'est la première cliente que j'ai coiffée ce matin qui me l'a appris. J'ai donc décidé de couper la radio. J'ai ressorti mes deux dernières factures : je paie environ 200 euros, dont 180 pour la Sacem et 30 pour la Spré.

C'est déjà cher, surtout pour de la radio. Je trouve ça vraiment lourd. »

Catherine a, elle, laissé tomber depuis longtemps la Sacem et la Spré :

« J'ai entendu parler du mouvement ce mardi matin à la radio. Ici, ça fait longtemps qu'on ne paie plus la Sacem et la Spré.

On voulait préserver la tranquillité de nos oreilles et nos esprits dans le salon. Un peu celle de notre portefeuille aussi. Les sommes à payer étaient indues, trop importantes pour le service rendu.

Les artistes doivent être payés mais je comprends aussi les coiffeurs. »

Cécile, qui a repris le commerce de sa mère depuis un an et demi : « Je n'arriverais pas à travailler sans. »

« Ce n'est jamais agréable de voir augmenter les tarifs. Je suis au courant du mouvement et je ne suis pas d'accord avec l'augmentation. Mais j'avoue qu'aujourd'hui, je laisse la radio.

Je n'arriverais pas à travailler sans. Un salon sans musique, c'est mortel. »

Pierre, cinq salariés : « Tout augmente de toute façon. »

« Je n'étais pas au courant du mouvement. Mais je suis d'accord, on paie déjà trop cher. On ne peut pas répercuter la hausse sur nos clients qui sont aussi dans des situations difficiles.

Tout augmente de toute façon, le prix des produits, les charges patronales, l'électricité aussi. Mais nous, on ne peut pas augmenter nos tarifs, au risque de perdre la clientèle. »

En attendant de voir leurs revendications entendues par la Spré, silence radio ou non, la petite musique des coiffeurs mécontents continuera à se faire entendre.


Publié sur Rue89 le 7 décembre 2010.

samedi 3 juillet 2010

Au Trocadéro, "on vend beaucoup moins de drapeaux de la France"

«Ridicule», «minable», «catastrophique». Les supporters rassemblés au Trocadéro à Paris n'ont pas assez de mots pour décrire toute leur déception après la défaite des Français face à l'Afrique du Sud. Autopsie du match.
Deux jeunes filles, qui arborent fièrement le maillot de l'équipe de France, sortent de la bouche de métro et se dirigent vers le parvis où est installé l'écran géant. Ces canadiennes originaires de Vancouver soutiennent la France, «malgré tout». «On n'y croit plus mais il faut quand même soutenir cette équipe. On aura peut-être de la chance» lâche Katherine, qui porte le numéro 13. La chance, c'est pourtant ce qu'il aura manqué aux Bleus aujourd'hui.
Aliou, vendeur de drapeaux à l'effigie des pays en compétition, fait les comptes. «Les drapeaux de la France, on en vend beaucoup moins». Les temps sont durs.

Encore quelques espoirs
Sur le faux gazon devant l'écran, au premier rang, Laurent, perruque tricolore, klaxon et maillot de rigueur, n'y croit plus guère: «on peut avoir notre chance mais j'ai un gros doute».
Crème solaire et écharpe bleu-blanc-rouge à la main, Alice, 15 ans, ne pense qu'à la victoire: «oui, on va gagner!». Premier coup de sifflet, quelques drapeaux, épars, s'agitent timidement devant l'écran géant et les maillots bleus se font rares. A chaque apparition de Domenech, les sifflets retentissent.
Aux aguets, les supporters se lèvent à chaque début d'action, en vain. La 20e minute de jeu et le but sud-africain sonnent le glas des espoirs tricolores. Certains, visionnaires, pestent: «c'est la catastrophe».
«Ca commence mal»
résume Anthony, employé de 26 ans, qui a pris son après-midi pour regarder le match. Il a troqué la veste de costard contre le maillot de Thierry Henry: «j'espère qu'ils tireront une leçon, il faut mouiller le maillot de temps en temps». Six minutes plus tard, le carton rouge de Gourcuff finit d'assommer les supporters. Des doigts d'honneur, des quolibets fusent, la tête dans les mains, les supporters déchantent. «Y'a rien là» entend-on.

«Un coup du sort»
34e minute, un nuage passe, le ciel s'assombrit. «Même le soleil fait la tronche», lâche une supportrice. Peu après, un troisième but sud-africain est finalement refusé, pour cause de hors-jeu. Des supporters, dégoûtés, se lèvent et quittent le parvis. «C'est simple, c'est la catastrophe».
A la mi-temps, peu y croient encore. «C'est le coup du sort, c'est la poisse, même si ça n'excuse rien» se rassure Laurent, aux premières loges. A côté, Tarek et Wolfgang, deux lycéens qui préparent le bac, ne savent plus quoi dire. Ils ont laissé à la maison maquillage tricolore et drapeau français, «on n'avait même pas envie aujourd'hui» confient-ils, désabusés. «Les bleus font sombrer le maillot».
Reprise de jeu, une pancarte donne le ton: «Domenech, casse-toi». Sous les applaudissements du public, l'entrée d'Henry redonne du baume au cœur: «Allez Titi !». Il faut attendre la 70e minute pour voir le public se réveiller, lorsque Malouda, sur une passe de Ribéry ouvre le score pour la France. Les drapeaux flottent enfin. Anthony, dépité: «c'est encore pire, ça prouve que quand ils veulent, ils peuvent marquer».
Dernier quart d'heure de jeu, les commentateurs sont impitoyables: «encore 25 minutes de jeu pour faire ce qu'on n'a pas fait en deux matches». Marie et Laura, étudiantes de Belfort venues en visite à Paris, sont lapidaires: «c'est la honte mais c'était prévisible».
Fin du match. «Jusqu'au bout, on n'a même pas sauvé l'honneur, malgré le but» lancent les jeunes filles, impitoyables. Anthony ne peut cacher sa déception: «De toute façon, on savait que ça se terminerait comme ça». Le concert gratuit de Féfé n'aura pas retenu les supporters français. Ils sont quelques dizaines massés devant la scène pour écouter le concert. Sur le départ, Julien et son ami sont dépités: «On n'a pas le cœur à la fête».


Reportage publié sur Libération.fr le 22 juin 2010 (photo E.F)

Publicités: le choc, c'est chic


Choquant, atroce, horrible. Ce sont les premiers mots qui viennent à l'esprit après le visionnage du dernier clip de prévention concocté par la Sécurité Routière. «Insoutenable», nom de ce film choc de cinq minutes, porte bien son nom. Araignée et scorpion pour figurer le sida, fumeur assimilé à un esclave, autant de récentes pub pour des grandes causes qui ont fait leur petit effet, polémique à la clé.
A tel point qu'en janvier 2009, le conseil d'Ethique Publicitaire a rendu un avis défavorable à l'encontre de ces pubs trash. Leur grief? «Dénoncer des actes intolérables ne justifie pas de les montrer avec toute leur brutalité». Dans une société où il faut choquer pour convaincre, ces publicités hyper réalistes vont de plus en plus loin.
Sortie mardi sur le net, la nouvelle campagne de publicité de la Sécurité routière innove en la matière. Elle suit du début à la fin un accident de la route: de la soirée bien arrosée et des jeux entre amis, jusqu'à la nouvelle annoncée en pleine nuit à une mère qui sourit pour cacher son désespoir, en passant par l'accident et la pénible tâche des secouristes. «Ce qui est nouveau et qui touche les gens, c'est de voir la réaction des gens qui survivent à l'accident» analyse Karine Berthelot-Guiet, professeur au Celsa et responsable du master Marketing-Publicité. «L'usage du story-telling c'est-à-dire raconter une histoire, favorise l'identification» rajoute la spécialiste. D'où la sensation de malaise, presque d'angoisse, qui vous prend lorsqu'on regarde le clip.


Un tournant dans les années 80
Digne des meilleurs séries télé du moment, savant mélange de 24 Heures Chrono et de bons épisodes d'Urgence, «Insoutenable» rivalise d'esthétisme et de maîtrise technique, dans la lignée de la campagne précédente «Juste un peu».
Pour Amélie Gastaut, conservatrice au Musée des arts décoratifs et de la publicité, ce sont les années 80 qui ont marqué un tournant dans les stratégies médiatiques des associations. Des illustrations sages et policées de Savignac, on passe aux affiches marquantes d'Action contre la Faim, montrant Leïla, jeune Africaine affamée qui grâce à 100 francs retrouve le sourire et la santé. Auparavant monopole des graphistes, les publicités sont désormais produites par des agences spécialisées. «Aujourd'hui, le discours est plus choc et direct, les pubs se sont endurcies» raconte la responsable du musée. Jusqu'en mai dernier, elle présentait une exposition de plus de 150 affiches sur le thème «La publicité au secours des grandes causes». Signe des temps, l'exposition était interdite aux moins de huit ans.


Aux grands maux, les grands remèdes
L'utilisation de la «victime humanitaire» est devenue un poncif pour les grandes causes, jouant sur l'émotion et la culpabilité du spectateur. Mais les campagnes actuelles jonglent avec plusieurs registres, selon le sujet et la cible à atteindre. Si une association communique sur le nécessaire port du préservatif, l'humour sera privilégié. Comme dans la récente pub de l'association Prévention Routière (avec Assureurs Prévention). On y voit un professeur fantasque réaliser des expériences sur des pastèques, des poulets (déjà morts) ou une orange, pour démontrer l'utilité du port du casque et du blouson. Des clips ludiques qui tranchent avec des affiches plus choquantes. Même l'écologie se met au vert: Greenpeace a choqué avec sa campagne contre les OGM, montrant une personne qui s'empale sur un épi de maïs transgénique. Le slogan? «Jusqu'où rendront-ils les cultures plus résistantes?».


Choquer pour exister
Quand le sujet devient sérieux, portant sur les conséquences d'un comportement à risque, les images doivent être plus graves. C'est ce que souligne Michèle Merli, déléguée interministérielle à la Sécurité Routière, à propos du clip «Insoutenable»: «il nous faut organiser des campagnes sur toute la gamme possible, pour toucher toutes les catégories de personnes qui utilisent la voie publique». Mais l'efficacité de ces publicités est-elle au rendez-vous? «Le clip fait confiance à l'intelligence, parce qu'il prête à penser» se défend-elle, alléguant que selon les tests de la Sécurité routière, le clip reste longtemps à l'esprit de ceux qui l'ont visionné, des mois voire des années.
Un argument soutenu par Marco de la Fuente, vice-président de BDDP&Fils, l'agence de publicité qui a notamment propulsé sur le devant de la scène l'association Droit des Non Fumeurs. En cause, une affiche sulfureuse assimilant l'acte de fumer à une fellation. «Si le message n'est pas fort, il est vain, tombant dans le tonneau des danaïdes des messages publicitaires en tout genre», explique le responsable de l'agence.


Une violence banalisée
Face à cette rhétorique, des instances comme l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP) sont plus sceptiques. Si Stéphane Martin, président de l'ARPP, n'a pas constaté une inflation des plaintes pour les pubs à caractère violent, «utiliser une image forte et dramatique peut aller à l'encontre du message initial voire causer un rejet de toute ou partie de la population».
Ce que confirme le Conseil d'éthique publicitiaire, présidé par le sociologue Dominique Wolton, dans un arrêt du 9 janvier 2009. Banalisées et légitimées par de grandes causes, les images choquantes peuvent devenir attirantes pour certains ou traumatisantes pour d'autres, notamment le public le plus jeune. Même si un clip comme «Insoutenable» est uniquement visible sur internet, on sait que les jeunes maîtrisent de plus en plus tôt l'outil internet et ses multiples usages.
Une attaque qui ne fait pas mouche auprès des publicitaires. Marco de la Fuente, de BDDP&fils, est catégorique : «On est tous prompt à attaquer la pub car elle est jugée trop violente ou sexy, mais ce n'est rien comparé à tout ce que les jeunes voient déjà dans les séries, provocantes ou morbides». Un constat que partage Karine Berthelot-Guiet, du Celsa: «Dans une génération où les jeunes regardent sans sourciller des images sanguinolentes et dures, la capacité à encaisser des images choc se déplace».
Si on les trouve «choquants, horribles, atroces, gores», ces spots de plus en plus fréquents posent la question de la banalisation de la violence dans une société où elle est partout présente, notamment chez les jeunes visés, que ce soit dans les films ou dans les vidéos circulant sur internet. Qui n'attend pas avec impatience la sortie de Saw VII, ou n'a pas osé regarder Two Girls One Cup, vidéo scatophile qui fait l'objet de paris en soirées («jusqu'où tu vas être capable de regarder sans vomir?»). Comme si finalement la pub n'était ni pire ni meilleure que la société.


Article écrit avec Aline Bontemps, paru sur Libération.fr le 9 juin 2010 (photo Sécurité Routière)

Qui donne aux associations caritatives?



La crise n'a pas entamé la générosité des Français. Les dons font toujours recette, ils ont même augmenté de 5,5% en 2009 pour totaliser 387 millions d'euros. C'est ce que nous apprend le baromètre annuel établi par le Centre de Recherche et d'Etude sur la Philanthropie (Cerphi) et France Générosités, le syndicat des organismes et associations de donateurs qui regroupe notamment Action contre la faim, la Fondation Abbé Pierre ou Greenpeace.
«On est content de cette augmentation des dons, mais on reste clairement inquiet, la précarité est toujours plus importante que tous nos efforts», tempère la responsable des collectes de dons à la Croix-Rouge, Thuy-An Nguyen. Avec la crise, les comportements des donateurs évoluent. Quel est le profil de ces philanthropes anonymes? Les grandes tendances pour 2009.



Des donateurs plus âgés...
D'après l'enquête, les intentions de dons devraient diminuer notamment pour la tranche 35-49 ans. «C'est très significatif, les gens sont plus frileux à cet âge-là, parce qu'ils ont encore des frais à couvrir, la scolarité des enfants à assumer par exemple», commente André Hochberg, président de France Générosités. Dans le même temps, les personnes âgées de plus de 50 ans seraient plus nombreuses à mettre la main au portefeuille.
Hormis les retraités, toutes les catégories professionnelles sont touchées par la crise, et leur participation à la générosité nationale en pâtit. Les cadres supérieurs, chef d'entreprises ou artisans devraient être moins nombreux à donner en 2010.

…et mieux informés
Mieux renseignés sur les modalités juridiques et bancaires, les donateurs hésitent moins à se lancer. C'est le résultat de campagnes de pub, comme celle de la Croix-Rouge sur l'ISF, axées sur les déductions et avantages fiscaux liés au don. Plus prudent et averti, le donateur s'engage sur le long terme.
En témoigne le succès du prélèvement automatique depuis trois ans, au détriment des paiements par chèque ou autres. Il a augmenté de 17,7% en 2009, totalisant aujourd'hui un quart de la collecte globale. Une aubaine pour les associations: 90% des fonds proviennent des donateurs fidèles, qu'il est plus facile de garder grâce au prélèvement automatique, un souci administratif et pratique en moins pour les donateurs.


Des internautes aux abonnés absents
Surfant sur la mode du Net, les associations ont profité d'une hausse des dons en ligne depuis quelques années. Mais 2009 constitue une «cassure» de ce mouvement de fonds: les montants collectés en ligne ont baissé de 9,5%. «Du fait de la crise, on voit tout à coup un décrochage, c'est une des surprises du baromètre», regrette André Hochberg.
Malgré des campagnes actives sur le Net, la Toile ne constitue pas encore un levier de collecte important mais représente seulement 5% des dons. «Au vu de notre investissement, c'est un résultat plutôt décevant», juge Thuy-An Nguyen, responsable de la collecte de fonds à la Croix-Rouge. La page Facebook «1 fan = 1€ pour Haïti» créée par un internaute devait servir à rassembler des fonds pour l'Unicef. Mission presque accomplie: plus d'un million de «fans», mais seulement 15.000 euros de dons concrets. Ces considérations n'entament pas l'optimisme du directeur de France Générosités, André Hochberg: «Ce n'est qu'un temps d'arrêt, on ira doucement vers les 10-15% de dons en ligne.» Le Web restant un média porteur en cas d'urgence: 60% des collectes d'Haïti proviennent d'Internet.


Les entreprises, mécènes sur le retour
Après un creux en 2008, «les entreprises sont à nouveau au rendez-vous, c'est une vraie reprise», constate Ann Avril, directrice du développement à l'UNICEF. Cette année, le Secours Populaire a reçu le soutien de la société Ferrero, engagée pour trois ans dans des actions en faveur des enfants. En partenariat avec le Secours Populaire, Kinder a participé le 25 mai dernier au lancement de l'opération «Vacances d'été» permettant à 1.000 enfants de partir en stage de canoë, d'aviron ou de voile.

La proximité avant tout
La crise s'ajoutant aux inquiétudes du quotidien, les priorités des Français en matière de don se déplacent. Les causes de proximité (précarité, alimentaire, etc.) remportent les faveurs des donateurs. Outre la recherche médicale, qui tient toujours le haut du pavé (43% des interrogés la placent en tête), la lutte contre l'exclusion et la pauvreté détrône la protection de l'enfance.




Article paru sur Libération.fr le 3 juin 2010 (photo © AFP Mychele Daniau sur Libération.fr)

lundi 3 mai 2010

Quand le football se fait violence



Le football est aujourd’hui régulièrement encensé pour ses vertus éducatives et d’intégration. Pourtant, violences, racisme, homophobie et dérapages continuent de gangrener le sport le plus populaire de France. Du coup de tête de Zidane aux violences dans les équipes amateur, le foot est-il devenu un jeu dangereux ?


« Tous les dimanches, c'est la même chose. On ne sait jamais si le joueur en face ne va pas te frapper ». Pour Benjamin, 24 ans, attaquant de l’US Veynes (Hautes-Alpes), le climat de violence dans le foot amateur fait partie du quotidien. « Il m'est arrivé à plusieurs reprises de me faire insulter de « tapette » ou de « pédé » juste parce que ma coupe de cheveux était un peu hors norme ».


Des violences sur le terrain…
Un coup de tête par-ci, un coup de couteau par là, un pied dans les parties génitales ou des propos racistes, les agressions physiques ou verbales se multiplient. Si les violences dans le foot professionnel sont médiatisées – de Zidane à Patrick Viera –, les dérapages en équipe amateur restent trop souvent dans l’ombre de leurs aînés.

Dans son rapport établi en août 2009, l’Observatoire des Comportements de la Fédération Française de Football (FFF) compte entre 1,6 et 1,8% de matchs amateurs à incidents, soit 16 000 rencontres sur un total d’un million joué par saison. Un chiffre en augmentation de 10 % par rapport à l’an passé. Victimes en première ligne, les arbitres disent leur ras-le-bol face à ces agressions répétées. Après la ligue des Deux-Sèvres en 2005 ou celle du Centre Ouest en 2009, ce sont les arbitres hauts pyrénéens qui jettent l’éponge et menacent de boycotter les prochains matchs. Une grève du sifflet plutôt rare dans le métier.

Et dans les gradins
Mais la violence n’est pas l’apanage des joueurs, amateurs ou professionnels. Dans les gradins, les supporters ne sont pas en reste. 36,3% : c’est l’augmentation du nombre d’incidents aux abords et dans les stades lors des matchs de Ligue 1 par rapport à 2008, selon un rapport de l'Observatoire de la sécurité publié à la mi-saison dernière. On se souvient de la banderole insultante contre les Ch’tis déployée lors de la finale de la Coupe de la Ligue opposant le PSG au RC Lens ou des cris de singe à l’encontre de joueurs d’origine africaine.

Mais il y a du changement dans l’air : les dérapages ne sont plus le privilège des grands clubs de supporters. 325 sièges arrachés à Grenoble, sept interpellations et 320 agents des forces de l’ordre pour un derby rhônalpin entre le GF38 et Saint-Etienne en janvier dernier. Le bilan est lourd avec un match suspendu pendant quinze minutes, des rixes entre supporters pour une rencontre à haut risque de niveau trois, le degré maximum. Les exemples sont légion et ternissent l’image d’un football déjà amoché par les dérapages à répétition des stars du ballon rond.



« Le sport n’est pas un remède miracle »
Pour enrayer les violences, l’Observatoire des Comportements a misé sur une campagne de sensibilisation, avec feu Philippe Seguin en invité vedette et un slogan en béton : « Le frappe, c’est dans le ballon ». Résultat : une baisse de 15 % d’arbitres agressés. « C’est une campagne fiable et efficace mais pas suffisante. On va maintenant développer un réseau Foot, dans l’esprit Facebook, pour toucher directement les licenciés » raconte Patrick Wincke, responsable de l’Observatoire.

Pour certains sociologues, c’est au sport de changer de mentalité et de fonctionnement. De nature en quelque sorte. Contre ceux qui ont vu dans le football un modèle d’exemplarité et une thérapeutique pour pacifier les relations sociales et éduquer les jeunes, le retour de bâton est sévère. Chercheur en sciences sociales des sports à Strasbourg, Michel Koebel est clair : « Tout le monde parle d’intégration et d’éducation par le sport, les journalistes, les politiques, mais personne n’a jamais rien prouvé dans le domaine ». Le ton est donné. Il n’y aurait pas nécessairement de transfert des valeurs apprises par le sport dans la société. Ce n’est pas forcément le football en club qui apprend à un enfant à créer des règles ou encadrer ses comportements mais plutôt la pratique sportive, même auto-organisée, au pied d’un immeuble ou dans un champ abandonné. Pire, « la façon dont le sport est organisé génère des tensions. On essaie de dire que la violence est une dérive du sport. Mais ce qu’on refuse de voir, c’est que ça fait partie intégrante de la façon dont il est organisé, quand il est un affrontement spectacularisé » continue Michel Koebel. C’est pourquoi le sociologue, qui a également formé de jeunes animateurs, préconise plutôt des sports de coopération comme l’escalade, certes moins glamour et médiatique, pour sensibiliser les jeunes en difficulté. « Je ne dis pas qu’il n’y a aucun effet positif, mais faire croire aux gens que le sport est un remède miracle, qu’il possède des vertus intrinsèques ou serait intégrateur par nature comme on l’entend souvent dire, c’est un mensonge » conclut-il.

Une carence éducative dans le football
Plus insidieusement, c’est le visage du football qui semble avoir changé : pour le spécialiste des questions de violence dans le sport, Dominique Bodin, actuellement professeur de sociologie à Rennes II et à l’université de Madrid : « le sport n’est plus pratiqué comme un jeu c'est-à-dire un dérivatif où on apprend des valeurs éducatives comme le respect. On est dans celui de la rentabilisation et du résultat à tout prix ». Un football spectacle, glorifiant la performance individuelle, au détriment de l’esprit d’équipe et la morale sur le terrain. En témoigne la récente affaire de la main de Thierry Henry, faute non sifflée par l’arbitre qui a permis la qualification de l’équipe de France en Coupe du Monde, contre des joueurs irlandais, désabusés. Et le sociologue de conclure, en soupirant : « Il y a une réelle carence éducative dans le foot d’aujourd’hui, de la part des dirigeants qui sont un modèle pour les jeunes mais aussi des animateurs, qui manquent parfois de formation ».
Mais le football est-il responsable ou seulement symptomatique des tensions qui traversent la société française ? Pour le chercheur-associé à l’Institut Choiseul, Gaël Raballand*, « le football n’est pas meilleur ou moins bon que le reste de la société, c’est un miroir ». Le reflet d’une société où la violence éclate des bancs de l’école aux tribunes des stades.


*Auteur avec Jean-François Marteau de « Football, illustration d’un mal français », Revue Etudes, Octobre 2009 (Tome 411), p.331-340


Les arbitres voient rouge : 3 questions à...
Eric Douvillé, président de la Commission départementale d’arbitrage et co-président de l’Union Nationale des Arbitres de Football (UNAF) en Isère.

Quel est l’état des violences commises contre les arbitres ?
Ces dix dernières années, il y a eu 1 000 arbitres frappés. Par district, ça fait un arbitre par saison. C’est déjà énorme. On décompte les coups de poing, coups de tête, nez cassé et autres. Mais l’arbitre subit une violence verbale plus insidieuse, difficilement quantifiable. Parfois, quand on prend une claque sur un terrain, on ne fait pas de rapport. Alors le chiffre de 1 000 arbitres agressés est donc en deçà de la réalité.

Quel est l’impact sur le métier d’arbitre ?
J’ai arrêté l’arbitrage à 51 ans car je n’en pouvais plus, je me faisais insulter par des jeunes qui pouvaient être mes enfants. On a peur des représailles des joueurs ou des spectateurs. Cette violence a un autre effet négatif : les effectifs baissent d’année en année. Aujourd’hui on est à 300 arbitres. Il y a deux ans, on en comptait plus de 400.

Que faut-il faire pour limiter ces agressions ?
Je ne suis pas pour la répression mais la loi Lamour – qui protège les arbitres en leur donnant le statut de délégateur d’une mission de service public – a été efficace. On peut aussi faire un travail de sensibilisation au sein des clubs. Et puis il y a l’influence des médias, qui critiquent souvent le travail des arbitres. En amateur, on ne fait pas du foot spectacle mais du sport loisirs. Mais les gens font encore l’amalgame.
Crédits photo : FFF

Article paru dans le numéro 10 de Pigémagazine, média-école du master Journalisme de l'IEP de Grenoble

lundi 12 avril 2010

Rire pour guérir, le combat de Soleil Rouge


Créée en 2000, l'association Soleil Rouge amène le rire à l'hôpital : chaque mardi et jeudi, les onze clowns du collectif sillonnent les couloirs du CHU de Grenoble pour égayer les services de pédiatrie. Reportage radio avec un duo de clowns haut-en-couleurs, Titi et Chouchou.



tilidom.com


Crédit photo : Association Soleil Rouge



samedi 20 mars 2010

Le mariage ne connaît (presque) pas la crise


















Ils sont près de 547 000 couples à s’être dit « oui » devant le maire en 2008. Un chiffre en baisse alors que paradoxalement, le budget mariage est en hausse de 10% depuis deux ans. De quoi faire rêver les jeunes filles en fleur. Evalué à trois milliards d’euros malgré la crise, le business du mariage fait encore recette. Quels sont les ingrédients de la cuvée 2010 ?


Après la mode du violet, le blanc et l’ivoire signent le retour au classicisme des mariages en 2010. Pour les professionnels, la crise est passée par là. Finie la gabegie, place à l’essentiel.

Retour aux sources
A quelques extravagances près, la sobriété fait son grand comeback dans les églises et mairies. Carine, 26 ans, vendeuse au magasin grenoblois Complicité note le surprenant succès du voile : « Les robes sont très travaillées au niveau de la broderie et des effets perlés. Je suis aussi très étonnée du retour du voile, qui plaît même aux plus jeunes ». Un style simple qui a conquis Claudine, jeune fiancée de 21 ans, qui se marie le 27 avril prochain : « Je voulais une cérémonie intime et une belle robe couleur ivoire, un peu classique ». Côté ambiance, les salles des fêtes restent le lieu privilégié des grandes réceptions nuptiales. Musique classique à l'église, jazz au cocktail, son du DJ pour les plus jeunes et orchestre pour finir la nuit. Les fleurs aussi restent sobres : des tons clairs, surtout blancs, avec le succès renouvelé des orchidées pour les bouquets retombants et le centre de table.

Des mariages à la carte
Cette sobriété va de pair avec des budgets plus serrés, mieux répartis, et des mariés plus attentifs aux prix. La hausse de 10% du budget mariage cachant des disparités, entre les cérémonies basiques à 6 500 euros et les réceptions grandioses à 40 000 euros. Premier poste de dépense, le budget restauration est un peu rogné : « Beaucoup de produits de luxe ne sont plus dans la liste des mariés, comme les verrines qui coûtent plus chers que de simples canapés » constate Sandrine Bonnet, collaboratrice de Traiteur Bonnet à Grenoble. Alors aux prestataires habituels, les futurs mariés préfèrent la débrouillardise : « Certains clients ne veulent pas de dessert car quelqu’un dans la famille fera la pièce montée » continue-t-elle. Pour Eve Cottaz, wedding planner et gérante de la société R-EVE qui organise des mariages, malgré la crise, les époux n’ont pas renoncé à la cérémonie, seulement à la gabegie : « Les mariés vont à l’économie : la sono c’est tonton qui s’en charge et le gâteau son meilleur ami. Ils cherchent des prestataires à moindre coût, pour le reste c’est système D ».

2010 : le mariage sera spirituel ou ne sera pas
Le mariage n’a pourtant pas le monopole de l’union des couples. En 2009, pour trois mariages célébrés, deux Pacs sont signés. Alors en Isère, il se fête aussi : autorisées depuis 2008, les cérémonies ont lieu à la mairie de Grenoble. Autre petite nouveauté dans le monde du mariage : la cérémonie laïque, qui complète le mariage civil souvent expéditif et frustrant. Pour Delphine Borne, du portail Alpes Mariage, « elle apporte toute la solennité du mariage religieux sans le côté dévot ». Organisée par des amis ou des professionnels, elle permet aux personnes athées, divorcées ou aux couples mixtes d’avoir enfin une cérémonie complètement personnalisée et spirituelle. Alors, qui a dit que les mariages n’étaient plus tendance ?


L’écolo-mariage reste dans les cartons
Annoncée comme une tendance lourde des mariages en 2010, la révolution écolo n’a pas eu lieu. Pour Delphine Borne, d’Alpes Mariage, l’explication est simple : outre le manque de prestataires d’envergure marquetés écolo, « un mariage complètement bio coûte en moyenne 20% plus cher et n'est pas à la portée de tous. » Malgré tout, des initiatives fleurissent comme le covoiturage, les faire-parts électroniques ou en papier recyclé. Des idées qui doivent encore germer.
Photos : Marie-Claire et Marie-Claire maison