lundi 3 mai 2010

Quand le football se fait violence



Le football est aujourd’hui régulièrement encensé pour ses vertus éducatives et d’intégration. Pourtant, violences, racisme, homophobie et dérapages continuent de gangrener le sport le plus populaire de France. Du coup de tête de Zidane aux violences dans les équipes amateur, le foot est-il devenu un jeu dangereux ?


« Tous les dimanches, c'est la même chose. On ne sait jamais si le joueur en face ne va pas te frapper ». Pour Benjamin, 24 ans, attaquant de l’US Veynes (Hautes-Alpes), le climat de violence dans le foot amateur fait partie du quotidien. « Il m'est arrivé à plusieurs reprises de me faire insulter de « tapette » ou de « pédé » juste parce que ma coupe de cheveux était un peu hors norme ».


Des violences sur le terrain…
Un coup de tête par-ci, un coup de couteau par là, un pied dans les parties génitales ou des propos racistes, les agressions physiques ou verbales se multiplient. Si les violences dans le foot professionnel sont médiatisées – de Zidane à Patrick Viera –, les dérapages en équipe amateur restent trop souvent dans l’ombre de leurs aînés.

Dans son rapport établi en août 2009, l’Observatoire des Comportements de la Fédération Française de Football (FFF) compte entre 1,6 et 1,8% de matchs amateurs à incidents, soit 16 000 rencontres sur un total d’un million joué par saison. Un chiffre en augmentation de 10 % par rapport à l’an passé. Victimes en première ligne, les arbitres disent leur ras-le-bol face à ces agressions répétées. Après la ligue des Deux-Sèvres en 2005 ou celle du Centre Ouest en 2009, ce sont les arbitres hauts pyrénéens qui jettent l’éponge et menacent de boycotter les prochains matchs. Une grève du sifflet plutôt rare dans le métier.

Et dans les gradins
Mais la violence n’est pas l’apanage des joueurs, amateurs ou professionnels. Dans les gradins, les supporters ne sont pas en reste. 36,3% : c’est l’augmentation du nombre d’incidents aux abords et dans les stades lors des matchs de Ligue 1 par rapport à 2008, selon un rapport de l'Observatoire de la sécurité publié à la mi-saison dernière. On se souvient de la banderole insultante contre les Ch’tis déployée lors de la finale de la Coupe de la Ligue opposant le PSG au RC Lens ou des cris de singe à l’encontre de joueurs d’origine africaine.

Mais il y a du changement dans l’air : les dérapages ne sont plus le privilège des grands clubs de supporters. 325 sièges arrachés à Grenoble, sept interpellations et 320 agents des forces de l’ordre pour un derby rhônalpin entre le GF38 et Saint-Etienne en janvier dernier. Le bilan est lourd avec un match suspendu pendant quinze minutes, des rixes entre supporters pour une rencontre à haut risque de niveau trois, le degré maximum. Les exemples sont légion et ternissent l’image d’un football déjà amoché par les dérapages à répétition des stars du ballon rond.



« Le sport n’est pas un remède miracle »
Pour enrayer les violences, l’Observatoire des Comportements a misé sur une campagne de sensibilisation, avec feu Philippe Seguin en invité vedette et un slogan en béton : « Le frappe, c’est dans le ballon ». Résultat : une baisse de 15 % d’arbitres agressés. « C’est une campagne fiable et efficace mais pas suffisante. On va maintenant développer un réseau Foot, dans l’esprit Facebook, pour toucher directement les licenciés » raconte Patrick Wincke, responsable de l’Observatoire.

Pour certains sociologues, c’est au sport de changer de mentalité et de fonctionnement. De nature en quelque sorte. Contre ceux qui ont vu dans le football un modèle d’exemplarité et une thérapeutique pour pacifier les relations sociales et éduquer les jeunes, le retour de bâton est sévère. Chercheur en sciences sociales des sports à Strasbourg, Michel Koebel est clair : « Tout le monde parle d’intégration et d’éducation par le sport, les journalistes, les politiques, mais personne n’a jamais rien prouvé dans le domaine ». Le ton est donné. Il n’y aurait pas nécessairement de transfert des valeurs apprises par le sport dans la société. Ce n’est pas forcément le football en club qui apprend à un enfant à créer des règles ou encadrer ses comportements mais plutôt la pratique sportive, même auto-organisée, au pied d’un immeuble ou dans un champ abandonné. Pire, « la façon dont le sport est organisé génère des tensions. On essaie de dire que la violence est une dérive du sport. Mais ce qu’on refuse de voir, c’est que ça fait partie intégrante de la façon dont il est organisé, quand il est un affrontement spectacularisé » continue Michel Koebel. C’est pourquoi le sociologue, qui a également formé de jeunes animateurs, préconise plutôt des sports de coopération comme l’escalade, certes moins glamour et médiatique, pour sensibiliser les jeunes en difficulté. « Je ne dis pas qu’il n’y a aucun effet positif, mais faire croire aux gens que le sport est un remède miracle, qu’il possède des vertus intrinsèques ou serait intégrateur par nature comme on l’entend souvent dire, c’est un mensonge » conclut-il.

Une carence éducative dans le football
Plus insidieusement, c’est le visage du football qui semble avoir changé : pour le spécialiste des questions de violence dans le sport, Dominique Bodin, actuellement professeur de sociologie à Rennes II et à l’université de Madrid : « le sport n’est plus pratiqué comme un jeu c'est-à-dire un dérivatif où on apprend des valeurs éducatives comme le respect. On est dans celui de la rentabilisation et du résultat à tout prix ». Un football spectacle, glorifiant la performance individuelle, au détriment de l’esprit d’équipe et la morale sur le terrain. En témoigne la récente affaire de la main de Thierry Henry, faute non sifflée par l’arbitre qui a permis la qualification de l’équipe de France en Coupe du Monde, contre des joueurs irlandais, désabusés. Et le sociologue de conclure, en soupirant : « Il y a une réelle carence éducative dans le foot d’aujourd’hui, de la part des dirigeants qui sont un modèle pour les jeunes mais aussi des animateurs, qui manquent parfois de formation ».
Mais le football est-il responsable ou seulement symptomatique des tensions qui traversent la société française ? Pour le chercheur-associé à l’Institut Choiseul, Gaël Raballand*, « le football n’est pas meilleur ou moins bon que le reste de la société, c’est un miroir ». Le reflet d’une société où la violence éclate des bancs de l’école aux tribunes des stades.


*Auteur avec Jean-François Marteau de « Football, illustration d’un mal français », Revue Etudes, Octobre 2009 (Tome 411), p.331-340


Les arbitres voient rouge : 3 questions à...
Eric Douvillé, président de la Commission départementale d’arbitrage et co-président de l’Union Nationale des Arbitres de Football (UNAF) en Isère.

Quel est l’état des violences commises contre les arbitres ?
Ces dix dernières années, il y a eu 1 000 arbitres frappés. Par district, ça fait un arbitre par saison. C’est déjà énorme. On décompte les coups de poing, coups de tête, nez cassé et autres. Mais l’arbitre subit une violence verbale plus insidieuse, difficilement quantifiable. Parfois, quand on prend une claque sur un terrain, on ne fait pas de rapport. Alors le chiffre de 1 000 arbitres agressés est donc en deçà de la réalité.

Quel est l’impact sur le métier d’arbitre ?
J’ai arrêté l’arbitrage à 51 ans car je n’en pouvais plus, je me faisais insulter par des jeunes qui pouvaient être mes enfants. On a peur des représailles des joueurs ou des spectateurs. Cette violence a un autre effet négatif : les effectifs baissent d’année en année. Aujourd’hui on est à 300 arbitres. Il y a deux ans, on en comptait plus de 400.

Que faut-il faire pour limiter ces agressions ?
Je ne suis pas pour la répression mais la loi Lamour – qui protège les arbitres en leur donnant le statut de délégateur d’une mission de service public – a été efficace. On peut aussi faire un travail de sensibilisation au sein des clubs. Et puis il y a l’influence des médias, qui critiquent souvent le travail des arbitres. En amateur, on ne fait pas du foot spectacle mais du sport loisirs. Mais les gens font encore l’amalgame.
Crédits photo : FFF

Article paru dans le numéro 10 de Pigémagazine, média-école du master Journalisme de l'IEP de Grenoble

lundi 12 avril 2010

Rire pour guérir, le combat de Soleil Rouge


Créée en 2000, l'association Soleil Rouge amène le rire à l'hôpital : chaque mardi et jeudi, les onze clowns du collectif sillonnent les couloirs du CHU de Grenoble pour égayer les services de pédiatrie. Reportage radio avec un duo de clowns haut-en-couleurs, Titi et Chouchou.



tilidom.com


Crédit photo : Association Soleil Rouge



samedi 20 mars 2010

Le mariage ne connaît (presque) pas la crise


















Ils sont près de 547 000 couples à s’être dit « oui » devant le maire en 2008. Un chiffre en baisse alors que paradoxalement, le budget mariage est en hausse de 10% depuis deux ans. De quoi faire rêver les jeunes filles en fleur. Evalué à trois milliards d’euros malgré la crise, le business du mariage fait encore recette. Quels sont les ingrédients de la cuvée 2010 ?


Après la mode du violet, le blanc et l’ivoire signent le retour au classicisme des mariages en 2010. Pour les professionnels, la crise est passée par là. Finie la gabegie, place à l’essentiel.

Retour aux sources
A quelques extravagances près, la sobriété fait son grand comeback dans les églises et mairies. Carine, 26 ans, vendeuse au magasin grenoblois Complicité note le surprenant succès du voile : « Les robes sont très travaillées au niveau de la broderie et des effets perlés. Je suis aussi très étonnée du retour du voile, qui plaît même aux plus jeunes ». Un style simple qui a conquis Claudine, jeune fiancée de 21 ans, qui se marie le 27 avril prochain : « Je voulais une cérémonie intime et une belle robe couleur ivoire, un peu classique ». Côté ambiance, les salles des fêtes restent le lieu privilégié des grandes réceptions nuptiales. Musique classique à l'église, jazz au cocktail, son du DJ pour les plus jeunes et orchestre pour finir la nuit. Les fleurs aussi restent sobres : des tons clairs, surtout blancs, avec le succès renouvelé des orchidées pour les bouquets retombants et le centre de table.

Des mariages à la carte
Cette sobriété va de pair avec des budgets plus serrés, mieux répartis, et des mariés plus attentifs aux prix. La hausse de 10% du budget mariage cachant des disparités, entre les cérémonies basiques à 6 500 euros et les réceptions grandioses à 40 000 euros. Premier poste de dépense, le budget restauration est un peu rogné : « Beaucoup de produits de luxe ne sont plus dans la liste des mariés, comme les verrines qui coûtent plus chers que de simples canapés » constate Sandrine Bonnet, collaboratrice de Traiteur Bonnet à Grenoble. Alors aux prestataires habituels, les futurs mariés préfèrent la débrouillardise : « Certains clients ne veulent pas de dessert car quelqu’un dans la famille fera la pièce montée » continue-t-elle. Pour Eve Cottaz, wedding planner et gérante de la société R-EVE qui organise des mariages, malgré la crise, les époux n’ont pas renoncé à la cérémonie, seulement à la gabegie : « Les mariés vont à l’économie : la sono c’est tonton qui s’en charge et le gâteau son meilleur ami. Ils cherchent des prestataires à moindre coût, pour le reste c’est système D ».

2010 : le mariage sera spirituel ou ne sera pas
Le mariage n’a pourtant pas le monopole de l’union des couples. En 2009, pour trois mariages célébrés, deux Pacs sont signés. Alors en Isère, il se fête aussi : autorisées depuis 2008, les cérémonies ont lieu à la mairie de Grenoble. Autre petite nouveauté dans le monde du mariage : la cérémonie laïque, qui complète le mariage civil souvent expéditif et frustrant. Pour Delphine Borne, du portail Alpes Mariage, « elle apporte toute la solennité du mariage religieux sans le côté dévot ». Organisée par des amis ou des professionnels, elle permet aux personnes athées, divorcées ou aux couples mixtes d’avoir enfin une cérémonie complètement personnalisée et spirituelle. Alors, qui a dit que les mariages n’étaient plus tendance ?


L’écolo-mariage reste dans les cartons
Annoncée comme une tendance lourde des mariages en 2010, la révolution écolo n’a pas eu lieu. Pour Delphine Borne, d’Alpes Mariage, l’explication est simple : outre le manque de prestataires d’envergure marquetés écolo, « un mariage complètement bio coûte en moyenne 20% plus cher et n'est pas à la portée de tous. » Malgré tout, des initiatives fleurissent comme le covoiturage, les faire-parts électroniques ou en papier recyclé. Des idées qui doivent encore germer.
Photos : Marie-Claire et Marie-Claire maison

Le sandwich, c’est chic

Manger vite et bien, c’est possible. La multiplication de fast-food à chaque coin de rue en est la preuve. Finis Mac Do, Quick et panini, le snack se réinvente. Exotique ou chic, ils ont envahi les rues de nos villes. Evalué à plus de 6,33 milliards d’euros pour une croissance de 9% en 2009*, le chiffre d’affaire de la restauration rapide fait baver plus d’un entrepreneur. Rien qu’à Grenoble, on compte près de 208 snacks. Gros plan sur l’un de ces fast-foods à la mode : la Salsita.

La montée en gamme de la restauration rapide a conquis les papilles des consommateurs : les offres de type Cojean ont été copiées à plus de 2 000 exemplaires en France et des chefs triplement étoilés ouvrent leurs sandwicheries. Souvent associé à la malbouffe, le fast-food redore son blason avec de nouvelles enseignes : pâtes à toutes les sauces, repas écolo (Green is better, Noée), mets raffinés à la mode Pivano ou plus exotiques (Wokbar).

La Salsita, restaurant d’un nouveau genre

Au 3 cours Berriat à Grenoble, une façade verte qui accroche l’œil et une bonne odeur de Mexique qui se répand, vous êtes bien à la Salsita. Ouvert depuis septembre 2009, ce fast-food mexicano d’un nouveau genre mêle rapidité et saveurs nouvelles. Adrian et Blandine, les propriétaires du restaurant, n’ont pas hésité à investir 80 000 euros dans leur projet. Adrian, d’origine mexicaine et diplômé de l’école de commerce de Grenoble, tenait à faire partager sa culture : « C’est en cuisinant pour mes colocataires qu’est venue l’idée de vendre mes préparations culinaires. On m’a dit que ça n’existait pas en France, alors on s’est dit « pourquoi pas ? » ». Leur principal argument ? Une quesadilla, sandwich chaud composé d’une galette de blé garnie de plusieurs saveurs (poulet, fromage, etc.). Le tout agrémenté de sauces piquantes (ou moins relevées pour les frileux), de tortillas et Corona ou autres spécialités.


Fast-food à succès

Avec des prix débutant à 3 euros, la Salsita a vite trouvé son public : lycéens, salariés qui travaillent à proximité, hispanophones convaincus ou simple fana de sauces piquantes. « C’est un bon moyen de faire découvrir la culture mexicaine tout en faisant tourner une affaire » s’explique Blandine, également diplômé de l’Ecole de Commerce de Grenoble et associée de la Salsita. Un business qui marche plutôt bien : les deux compadre prévoient d’embaucher un troisième vendeur avec l’arrivée des beaux jours.


En attendant le printemps, la concurrence se fait rude entre ces nouveaux fast-foods. D’autres restaurants mexicains ont ouvert comme Mr Tacos à Notre-Dame. Un succès qui pousse les restaurateurs à renouveler leur offre et marquer leur différence. Comme Greg and Jerry’s ou de nombreuses pizzerias, La Salsita a déjà ouvert un site internet et va se lancer dans la livraison à domicile. Pour des quesadillas et fajitas servies sur un plateau d’argent.

Pour plus d'infos : www.lasalsita.com

* Chiffres parus dans l'étude : "Le marché de la restauration rapide en France" GIRA CONSEIL/Sandwich & Snack Show ©

Crédits photo : La Salsita

EN BONUS

Le fast-food, restauration faste

Reportage vidéo réalisé par Clémence Artur, Estelle Faure, Clémence Glon-Villeneuve et Sophie Pams pour le WebJT du Master Journalisme de l'IEP de Grenoble (avril 2010). Disponible sur le site-école : www.pigemag.com/.

samedi 13 mars 2010

Les anti-loups montrent les crocs


Manifestation géante à Gap (Hautes-Alpes) des éleveurs, bergers et chasseurs

A l’occasion du procès du chasseur d’Esparron, 1 500 personnes ont défilé à Gap jeudi 18 février 2010 à partir de 11 heures. De nombreux élus ont apporté leur soutien aux protestataires. Moins importante que prévue, la manifestation reste une démonstration de force, plutôt rare dans le département.

« Steak de loup ». « Pan pan le loup ». Il ne fait pas bon être un canidé dans les rues de Gap ce jeudi 18 février. Les pancartes le montrent, les manifestants le clament. Ils sont chasseurs hauts alpins ou éleveurs venus de Haute-Savoie et défendent le même bifteck : stopper les méfaits du loup.

« On n’est pas là pour nourrir les loups ! »
En tête de cortège, chapeau vissé sur la tête, bâton en bois à la main et clochettes pendues au sac à dos, Philippe, berger de 53 ans, veut sauver une profession en voie de disparition : « Le loup est un non-sens écologique, il décime brebis et chamois ». Et de conclure : « Nous, bergers et éleveurs, on n’est pas là pour nourrir les loups ! ». Même son de cloche pour Jean Lagier-Tourrenne, président départemental de la FNSEA (Fédération nationale des structures des exploitants agricoles). Cet éleveur de brebis est catégorique, le loup a radicalement changé son mode de vie. « Il faut compter sept heures de travail supplémentaire par semaine, plus les coûts pour les aides bergers, les chiens patous et j’en passe » explique-t-il, sans décolérer. C’est sans compter sur l’inquiétude des éleveurs et le stress des brebis, qui peut leur causer des avortements. « Ce n’est plus vivable » soupire l’agriculteur. En 2008, 3 133 moutons ont été décimés lors de 906 attaques officiellement attribuées au loup.

L’agriculture ovine, une filière sinistrée
Plus loin sur le parcours de la manifestation, les traits tirés mais la voix posée, Marie-Josée Allemand, éleveur d’agneaux à Gap, n’a guère d’illusion sur son avenir. « La filière ovine est déjà le parent pauvre de l’agriculture, si en plus on ajoute le problème du loup, je n’ai plus qu’à arrêter » raconte-t-elle. Mais les élus sont nombreux à soutenir une filière sinistrée dans le département. Les écharpes tricolores égayent un cortège rempli de pancartes bariolées, de banderoles géantes et de loups en peluche. Christine Nivou, maire de Veynes (05), a déjà été confrontée à la présence du loup sur sa commune de 3 000 habitants : « Je comprends la souffrance des éleveurs mais c’est à la législation d’évoluer. On doit leur permettre de défendre leur troupeau et tirer sur le loup ».

La manifestation s’est terminée en fin d’après-midi sur la place du tribunal. A la sortie du procès, quelques bousculades ont eu lieu, sans incident grave. Sous la bruine et dans le froid, les contestataires se sont réchauffés autour d’un stand de grillades et de boissons. Manifestement, ils avaient une faim de loup.

Retour sur... L’affaire du « chasseur d’Esparron »
Lors d’une battue au sanglier le 7 décembre 2009 dans la montagne d’Esparron (Hautes-Alpes), un chasseur de 34 ans tue une louve, espèce protégée. Il est pris en flagrant délit par des gardes chasses. L’homme dit s’être défendu contre les menaces du loup. Une version démentie par l’expertise balistique. Le jugement du 18 février 2010 condamne le jeune homme à 1 500 euros d’amende, le retrait du permis de chasse et l’interdiction de le repasser durant trois ans.

Contraception et IVG : la pilule passe mal

La ministre de la santé passe à l’action

Le nombre moyen d’IVG ne diminue pas malgré la diffusion massive de contraceptifs. Ce constat paradoxal, pointé par un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) publié le 2 février 2010, pousse Roselyne Bachelot à réagir. De nouvelles mesures jugées efficaces mais incomplètes par les mouvements féministes.

Le nombre moyen d’IVG ne diminue pas malgré la diffusion massive de contraceptifs. Ce constat paradoxal, pointé par un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) publié le 2 février 2010, pousse Roselyne Bachelot à réagir. De nouvelles mesures jugées efficaces mais incomplètes par les mouvements féministes.

« Mettre le paquet » sur l’école

Selon le rapport de l’IGAS, 72% des avortements sont pratiqués sur des femmes ayant utilisé des contraceptifs. En réponse, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a promis de renforcer la prévention des grossesses non désirées et de « mieux organiser » l'accès à l'avortement. Mais la ministre souhaite surtout « mettre le paquet » en milieu scolaire pour informer les jeunes sur les moyens de contraception et la sexualité. « On apprend dans ce rapport que deux tiers des filles de [classe de] 3ème pensent encore qu'on ne peut pas tomber enceinte lors du premier rapport sexuel », interpelle Roselyne Bachelot. Une des mesures-phares de la ministre vise à promouvoir l’accès gratuit et anonyme à la contraception pour les mineures.

Renforcer l’action locale

L’autre priorité concerne la prise en charge des grossesses non désirées dans les plans régionaux de santé. La ministre promet de renforcer le « réseau des centres de planification et d’éducation familiale ». Courant 2010, la rémunération des établissements pratiquant des IVG chirurgicales sera réévaluée de 10% pour les inciter à réaliser ce type d’opération. Par ailleurs, suite à l'application prochaine des décrets de la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST), les services scolaires des universités et les sages-femmes pourront délivrer des contraceptifs oraux. Infirmières scolaires et pharmaciens auront quant à eux la possibilité de renouveler une ordonnance de pilule. Une avancée positive mais insuffisante pour les mouvements féministes. « Nous serons satisfaites si la volonté politique est suivie de moyens », affirme la présidente du Mouvement du planning familial, Carine Favier. L’association Ni Putes ni soumises demande au gouvernement « d’en faire plus », notamment dans les quartiers les plus défavorisés. A l’inverse, le mouvement anti-avortement Alliance pour les droits de la vie fustige un « rapport consternant », l'urgence étant « d'aider les femmes enceintes à éviter l'IVG ».

Contraception et IVG en chiffres

15 jours C’est le délai de prise en charge des avortements dans un établissement sur vingt.

5% de femmes déclarent ne pas utiliser une méthode de contraception alors qu'elles ont une activité sexuelle et ne souhaitent pas être enceintes.

206.699IVG ont été pratiqués en métropole en 2006, dont 13 230 concernant des filles de 15 à 17 ans.

10% des avortements sont pratiqués sur une grossesse comprise entre 10 et 12 semaines.

Source: Rapport de l’IGAS du 2 février 2010

samedi 3 octobre 2009

Quand l'école gratuite, laïque et obligatoire devient... rémunérée


On connaissait déjà la théorie du bâton et de la carotte pour motiver les élèves... Maintenant, il faudra parler de cagnotte. Dès lundi, l'académie de Créteil mettra en place un système de rémunération afin d'endiguer l'absentéisme d'élèves récalcitrants. Finie l'école buissonnière, bienvenue dans l'école bling-bling.



Simple et efficace?
5% des élèves du second degré sont absents plus de quatre demi-journées par mois et 1% des 3,25 millions de collégiens français seraient déscolarisées. Des chiffres alarmants qui nécessitent de prendre des décisions rapides certes, mais efficaces. Dès demain, trois lycées professionnels expérimenteront le tout nouveau dispositif : les lycées Lino-Ventura en Seine-et-Marne, Gabriel Péri en Val-de-Marne et Alfred Costes en Seine-Saint-Denis, soit six classes. Le principe est assez simple : les élèves bénéficieront d'un pécule pouvant atteindre 2000 euros, financée par le Haut Commissaire à la Jeunesse. Principal moyen de faire enfler la cagnotte : être assidu (1 200 euros maximum). Restent les 800 euros, pouvant être acquis si la 'note de vie de classe' est plus que satisfaisante. Au total, une classe modèle pourrait accumuler jusqu'à 10 000 euros et financer ainsi des projets collectifs comme des voyages scolaires ou l'achat de matériel informatique.

Lutter contre l'absentéisme

Le remède est-il alors pire que le mal? Pas forcément. Contre les arguments fallacieux craignant une privatisation de l'effort scolaire, le recteur de l'Académie de Créteil se défend : loin de vouloir favoriser les comportements consuméristes et individualistes, il s'agit plutôt de motiver une action collective car "c'est la présence de tous qui contribue au succès de tous". Clair et simple, ce système pourrait-il être si efficace que le suggère le nouveau ministre de l'éducation, Luc Chatel? Contre les chantres d'une école moderne non sacrifiée sur l'autel du profit, le ministre répond clairement : il ne s'agit pas de payer les élèves mais de les inciter à "financer un projet collectif". Arguant que le système est pour le moment en expérimentation sur un nombre d'établissements limité, il assure sur France Info que la visée ultime du procédé reste la lutte contre l'absentéisme. Exit les allocations familiales sucrées pour les parents d'élèves trop de fois absents. Cette fois, on s'attaque au coeur de la cible : les élèves.


La culture du dollar contre la douleur de l'école

Préjuger que l'élève est avant tout motivé par une visée pécuniaire dérange nombre de spécialistes du milieu scolaire. L'Association SOS Education stigmatise une décision "immorale", "véritable camouflet aux professeurs". Il y a comme l'impression d'avoir à se justifier d'être là, assis à son bureau et d'enseigner des matières inutiles comme l'histoire ou le français. Jusqu'à la branche extrême de la vie politique, on dénonce cette nouvelle lubie gouvernementale : Marine Lepen parle de la "dernière bouffonnerie de Sarkozy". Quant à la FCPE, elle juge que cette mesure entraînera à terme une "perversion du sens de l'école et des objectifs de l'éducation nationale". Dans le Parisien, le sociologue de l'éducation Philippe Mérieu s'insurge contre l'amalgame que provoque un système de rémunération : la rétribution symbolique de l'école (apprentissage, savoirs, réseau social, discipline aussi) glisse dangereusement vers une rétribution financière, faisant oublier que l'école peut être intéressante par nature. "Le côté collectif de la cagnotte, c'est un peu l'inverse de la punition collective, mais avec les mêmes risques d'effet de groupe, de règlements de compte", commente Philippe Meirieu. Car si un élève ne veut pas rentrer dans le système rétributif, il pénalise le reste de sa classe, pouvant subir des pressions de la part de ses camarades.
Que faire?
Mais pour la plupart de ces intervenants, d'autres pistes sont préférables mais une même idée se dégage : l'école doit revoir sa copie, professeurs et élèves inclus. Voilà quelques maigres idées : intéresser les élèves au contenu des cours, faire comprendre l'utilité de l'école au-delà du simple bulletin (de notes, et non de paie), mieux former des professeurs parfois désemparés, développer les méthodes d'apprentissage alternatives et impliquer le monde extérieur à ce lieu étriqué et parfois réducteur que peut être - paradoxalement - l'école. Bref, donner enfin à l'école toute l'envergure de sa mission.


Au-delà de ces considérations, le problème de ce type d'initiative réside dans le simple fait que venir à l'école n'est pas suffisant en soi, encore faut-il y travailler correctement. Alors à quand un vrai salaire pour les élèves? Dix euros le commentaire de texte, 8 pour l'exo de maths. Eux qui s'arrogent presque chaque année un droit de grève, il faudrait apprendre aux élèves qu'à chaque droit, correspond toujours... des devoirs!